Métropole de Lyon – Séance publique du 13 mai 2019

Nathalie Perrin-Gilbert – Conseillère Métropolitaine

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les élu.e.s,

 

Nous devons nous prononcer aujourd’hui sur la révision du Plan Local d’Urbanisme et d’Habitat (PLU-H) de la Métropole de Lyon. Ce plan révisé est la traduction réglementaire des objectifs de notre métropole en matière d’environnement, d’urbanisme, de politique sociale et de développement économique à l’horizon de 10 à 20 ans.

 

Cette actualisation du PLU-H était nécessaire car nous devions sécuriser nos décisions, actes et délibérations en intégrant les évolutions législatives de ces dernières années (notamment les lois Grenelle 2 ou ALUR). Nous devions aussi harmoniser le PLU-H avec le Plan de Déplacements Urbains (PDU), le Schéma de cohérence territoriale (SCOT), et autres documents-cadres votés à l’échelle de notre agglomération. A ce titre, nous reconnaissons tout le travail des services de l’Etat, de la Métropole, des communes et arrondissements dans cette procédure de révision.

 

Nous saluons également l’implication des 11 commissaires enquêteurs et les innombrables heures qu’ils ont passées à analyser les 11.425 observations recueillies soit sur les registres mis à disposition soit par voie numérique. Alors que l’utilité des commissions d’enquête publique est remise en question par le gouvernement et les élus En Marchequi aimeraient supprimer un contre-pouvoir de plus, nous voulons rappeler ici que les commissaires enquêteurs ont un rôle important, ne serait-ce que pour accompagner le public dans l’accès à des documents suffisamment techniques pour être opaques et décourageants.

 

Nous tenons également à relever que parmi les 11.425 observations recueillies durant l’enquête publique, 9.538 émanaient de « simples » citoyens et citoyennes. Au-delà du nombre, c’est la qualité de ces contributions qui est à souligner, avec un niveau de réflexion remarquable et un effort réel de proposition. Cette qualité dit quoi ?

– Premièrement, elle dit que nos concitoyens, s’ils se désintéressent à raison de la politique politicienne, sont parfaitement conscients des enjeux présents et à venir sur nos territoires et veulent participer au débat sur l’orientation de nos politiques publiques.

 

– Deuxièmement, elle démontre que des collectifs tels que la Fabrique de la Ville (abondamment citée par la Commission d’Enquête Publique dans son rapport), le Collectif Part Dieu, l’Assemblée la Guillotière, Ballanche, Habitons Mazagran, La Croix-Rousse n’est pas à vendre, mais aussi le collectif Plein la Vue, ou bien le collectif Logement du Rhône qui regroupe 25 associations sur les questions de l’habitat, etc, ont réalisé un remarquable travail de sensibilisation, d’information et même d’éducation populaire auprès des habitantes et habitants de la métropole. Certains de ces collectifs viennent d’ailleurs d’écrire à chacune et chacun d’entre nous pour exprimer leur déception quant à la faible prise en compte de leurs remarques notamment dans la partie lyonnaise du PLU-H, mais aussi pour nous avertir de leur attention et vigilance quant aux décisions que nous allons prendre.

 

– Troisièmement, le fait que nos concitoyens prennent leur stylo ou leur clavier, de manière collective ou individuelle, pour formaliser des observations au stade de l’enquête publique, est symptomatique de l’inefficacité démocratique d’une concertation préalable qui a duré 4 ans mais que les décideurs politiques n’ont pas suffisamment mise à profit pour associer le public à leurs travaux et réflexions.

 

Monsieur le Président, et ce sera le deuxième volet de mon intervention, le Gram veut souligner ici l’inadéquation entre le document que vous soumettez à notre vote aujourd’hui et les enjeux actuels qui se présentent à nous en termes d’écologie, de démocratie, de cohésion sociale ; des enjeux qui préoccupent à raison les habitants et habitantes qui se sont mobilisés lors de l’enquête publique.

 

Il n’est pas possible Monsieur le Président que vous nous demandiez d’approuver un plan local d’urbanisme et d’habitat qui affiche comme objectif premier l’attractivité et le rayonnement de la métropole. Ce n’est pas possible parce que cette injonction à la compétition fratricide entre les territoires est incompatible avec la transition écologique et sociale qui n’est plus seulement urgente mais qui est devenue vitale.

 

Peut-être cet objectif premier de l’attractivité pourrait-il aller avec le deuxième objectif énoncé dans le PLU-H à savoir que notre métropole soit « plus active et créatrice d’emplois ». Mais encore, restera-t-il à vérifier que ces emplois créés par la métropole attractive ne relèvent pas principalement des mêmes catégories… à l’image de la start-up nation chère à Emmanuel Macron.

Mais si l’on voit comment ces deux premiers objectifs peuvent aller de pair, sont-ils pour autant compatibles avec le troisième objectif affiché : celui d’une métropole « plus accueillante et solidaire » ? Par son attractivité et sa création de richesses, la métropole de Lyon tire-t-elle vers le haut les ménages les plus aisés comme les plus modestes, contribue-t-elle à un développement solidaire de tous les territoires qui la composent ou qui la bordent ?

 

C’est ici que le bât blesse et que l’équation métropolitaine telle que vous nous la proposez peine à fonctionner. Et les statistiques de l’INSEE sont là pour le confirmer : les arrondissements lyonnais se sont vidés de leurs ménages ouvriers et employés en à peine trente ans. Les indicateurs de l’immobilier montrent, pour leur part, que l’obsession de l’attractivité a favorisé en deux décennies une pression immobilière sans précédent avec une flambée des prix qui a commencé dans les quartiers centraux (où l’on atteint désormais des 7.000, 8.000 et même parfois 9.000 euros au mètre carré) et qui est vouée à se propager sur l’ensemble de la métropole.

 

Alors certes il est dit et écrit que pour compenser cette flambée de l’immobilier on va accroître la construction de logements sociaux. Sauf que les bailleurs sociaux peinent aujourd’hui à proposer en nombre suffisant des logements pour les plus modestes (PLAI), et ce d’autant plus dans les secteurs touchés par la gentrification et le phénomène de airbnbsation.

 

A cela s’ajoute un déficit d’équipements publics criant que ce soit en termes de groupes scolaires, de crèches, d’équipements culturels et sportifs, de parcs publics, etc.

 

Pourquoi ce déficit s’installe-t-il ? Parce que pour remplir son premier objectif, c’est-à-dire l’attractivité, le politique se doit d’injecter chaque année des millions d’euros en grands projets et infrastructures pharaoniques (aménagement des rives de Rhône et de Saône, Grand Stade, musée pharaonique, quartiers d’affaires, Cité de la Gastronomie, etc) tout en réduisant parallèlement la voilure sur ses budgets de fonctionnement, et abandonnant au passage la gestion de ses services publics au secteur privé marchand. Ceci est vrai pour l’eau, le chauffage urbain, la collecte des déchets, les transports, la restauration collective, etc, etc.

 

Au regard de l’étendue du territoire métropolitain et de l’ampleur du service à couvrir, il va de soi que seuls quelques grands groupes privés peuvent prétendre remporter ces marchés publics, qu’ils s’appellent Vinci, Veolia, Vortex, Decaux, Dalkia, Keolis ou autres, avec une double conséquence pour notre territoire.

 

Première conséquence, nous reproduisons toujours le même schéma de développement économique et n’encourageons pas l’émergence ni l’essor d’une économie plus locale et écologique, plus sociale et solidaire. Deuxième conséquence : comme ces groupes privés ont aussi vocation à rapporter des dividendes à leurs actionnaires, nous soumettons nos concitoyens à un renchérissement des services publics, qui vient s’ajouter à celui du logement.

 

Résultat : la boucle est bouclée. Quand la pression immobilière est continue (c’est la sélection sociale par le logement), et quand les services à la personne sont de moins en moins accessibles (c’est la sélection sociale par le niveau de vie), seuls les ménages les plus favorisés peuvent continuer de vivre et s’installer. Il s’agit d’un droit d’entrée ou droit d’accès à la métropole qui n’est pas compatible avec la « métropole inclusive » souvent mise en avant.

 

C’est pourquoi nous disons que, par ses choix politiques et en conscience, la métropole est un territoire profondément excluant qui écarte mécaniquement les populations modestes en banlieues ou dans des communes périphériques plus lointaines. L’agglomération « plus accueillante et solidaire » demeure une incantation louable mais inatteignable dans un tel système.

C’est ainsi que notre métropole n’est pas une « locomotive »pour reprendre l’image utilisée dans la délibération mais plutôt une « centrifugeuse » pour donner une autre image, c’est-à-dire qu’au lieu d’entrainer les autres territoires dans un mouvement de dynamique solidaire notre métropole concentre un maximum de richesses en elle-même et pour elle-même, ne craignant pas de laisser sur place les autres territoires forcément adversaires puisque nous sommes dans une logique de compétition libérale assumée avec des gagnants et des perdants.

 

Enfin, cette asymétrie des territoires porte préjudice au quatrième -et hélas dernier- objectif affiché par le PLU-H : une métropole « plus durable ».

 

Car, de fait si l’on suit votre logique, notre métropole est condamnée à étouffer progressivement. Face à une agglomération qui croit de manière continue et qui concentre emplois et richesses, il est de plus en plus compliqué d’organiser les mouvements pendulaires entre métropole et villes voisines (Bourgoin Jailleu, Saint Etienne, Bourg en Bresse, Vienne,…). La sacro-sainte attractivité lyonnaise génère un trafic de plus en plus important matins et soirs à tel point qu’il faudrait réaliser selon vous de nouvelles infrastructures et grands projets coûteux tels que l’aménagement de l’A45, la création du tronçon routier ouest du périphérique, ceci dans un mouvement inéluctable d’asphyxie progressive de la métropole.

 

Regardons la région parisienne ! Comme toutes les grandes métropoles de ce monde, elle témoigne déjà de l’impossible gestion du trafic qui modifie en profondeur la qualité de vie des habitantes et habitants, avec des temps rallongés de trajets quotidiens, la pollution atmosphérique, les répercussions sur la santé, les nuisances sonores, etc, etc.

 

Parallèlement, dans leur objectif d’attractivité et de rayonnement, les métropoles favorisent l’étalement urbain et l’urbanisation des terres arables. Autour de nous, les lotissements grignotent progressivement le département du Rhône et la ceinture verte lyonnaise se réduit de plus en plus.

 

Lorsque le PLU-H évoque « le maintien de la nature en ville », les espaces verts pèseront bien peu face aux enjeux économiques des promoteurs et laissez-moi vous rappeler par exemple, Monsieur le Président, la vente d’une des dernières parcelles municipales non bâties sur le haut des pentes de la Croix-Rousse, la parcelle du Bon Pasteur, vente à un promoteur immobilier que tous les élu.e.s du 1er arrondissement -toute tendance politique confondue- ont rejetée mais que vous avez votée Monsieur Kimelfeld avec le conseil municipal de Lyon en décembre dernier et contre laquelle j’ai dû introduire un recours. L’agglomération « plus durable » est une intention communicante qui se traduit essentiellement par le concept de « smart city » cher à votre cœur, avec des data centers et des panneaux publicitaires numériques énergivores, cette « ville intelligente » qui le serait encore plus si nous prenions le temps de l’être nous-mêmes auparavant et collectivement.

Alors et ce sera le dernier volet de mon intervention, vous pourriez dire « c’’est votre point vue Madame Perrin-Gilbert, mais il est démenti par l’avis favorable de la commission d’enquête publique ». Au vu des mobilisations écologiques et sociales actuelles, je ne crois pas Monsieur le Président que cela soit mon seul point de vue. Je ne le crois pas non plus en lisant, parfois à peine entre les lignes, les remarques des commissaires enquêteurs mais aussi celles des personnes publiques associées y compris l’Etat.

 

Elles sont nombreuses ces remarques au fil du document et elles devraient nous alerter.

 

Elles portent sur l’emballement à construire et nous interrogent sur la justification à réserver autant de surfaces pour de la construction, bien plus de surfaces à construire que ce que demande et prévoit le SCOT. Elles portent aussi sur la nature de ce que nous construisons et demandent des précisions sur la programmation de l’habitat social. Car il ne s’agit pas de construire pour construire, encore faut-il que ce que nous construisons soit abordable et ne contribue pas toujours un peu plus au phénomène d’exclusion sociale très fortement à l’œuvre.

 

De nombreuses remarques portent sur la densité urbaine mal maîtrisée, et pointent le manque d’espaces réservés aux services et équipements publics. La question de l’articulation entre l’extension de la ville et l’organisation des transports est également posée avec des contributions nombreuses à réclamer des réservations d’emplacements pour les transports en commun, les modes doux et leur articulation avec des parking-relais.

 

Les remarques portent aussi une meilleure lisibilité des trames bleue et verte de notre métropole avec une cartographie à joindre au document. Et si la commission d’enquête nous fait heureusement réintégrer quelques hectares agricoles et paysagers supplémentaires par rapport au PLU-H tel qu’il était arrêté en 2018, nous voyons disparaître de nombreuses surfaces boisées et classées.

 

On peut lire également dans les observations, que les commissaires enquêteurs relèvent un surdimensionnement global des zones d’activités commerciales ou économiques, parfois dans des zones mal desservies par les transports en commun et, là encore et comme pour le logement, sans respect du SCOT. Même la Chambre de Commerce et d’Industrie s’interroge considérant que l’augmentation des surfaces dédiées aux secteurs à dominante commerciale est surdimensionnée au regard des besoins du territoire et au regard de l’enjeu à maintenir de l’activité commerciale dans les centres-villes !

 

Enfin la qualité de l’air, la santé environnementale, la gestion de la ressource en eau et les équipements d’assainissement sont de grosses questions posées par la commission d’enquête et nous n’avons pas trouvé dans les réponses de la Métropole de quoi nous rassurer.

 

Le PLU-H, je l’ai dit en introduction, n’est que la traduction réglementaire d’orientations politiques aussi, eu égard au travail réalisé par les services, nous nous abstiendrons sur ce document. En revanche, et vous l’avez compris, nous ne partageons pas vos grandes orientations politiques pour le territoire et le débat reste ouvert pour les années à venir.

Nous ne partageons pas, notamment, votre propension à poursuivre une croissance irréfléchie qui pourrait bien empêcher notre métropole, à terme, de disposer de biens aussi fondamentaux que l’air, l’eau, la terre ou encore le vivre-ensemble.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

Métropole de Lyon – Séance publique du 13 mai 2019