Conseil Municipal de Lyon – Séance publique du 7 mai 2020

Projet de délibération 2020/5493 : Période d’état d’urgence sanitaire – Délégations d’attributions accordées au Maire en application des dispositions de l’article 1er de l’ordonnance n° 2020-391 du 1er avril 2020 – Hors gestion de la dette et de la trésorerie

 

Monsieur le Maire, mes cher.es collègues,

Je ne voterai pas ce projet de délibération. Ce vote défavorable n’est pas essentiellement motivé par la situation politique lyonnaise ni par les nombreux désaccords de fonds et de forme que nous avons eus, Monsieur le Maire, depuis de nombreuses années. La situation exige en effet de nous que nous nous écoutions et que nous unissions nos efforts pour faire face ensemble aux problèmes sanitaires, économiques et sociaux rencontrés par les habitantes et les habitants de notre ville face à la pandémie du Covid-19. Telle est notre responsabilité présente et la mairie du 1er arrondissement s’est inscrite dans cette responsabilité-là en travaillant chaque jour et sans relâche avec les services de l’Etat, de la Ville et de la Métropole.

Je votre contre ce projet de délibération parce qu’il s’inscrit aujourd’hui dans un cadre national qui est celui de la prolongation de l’état d’urgence sanitaire. En effet, après le Sénat il y a quelques jours, l’Assemblée Nationale examine cet après-midi même le projet de loi du gouvernement visant à prolonger jusqu’au 23 juillet l’état d’urgence instauré le 23 mars et qui devait s’arrêter initialement le 23 mai. Mon vote défavorable est là pour signaler la succession d’états d’urgence, sécuritaires et sanitaires, à laquelle notre société est en train de s’habituer. Or ce n’est une bonne habitude ni pour nos libertés individuelles ni pour notre démocratie.

Le législateur est en train d’orchestrer un gouvernement par la peur qui s’accompagne d’une infantilisation de nos concitoyen.nes. Je m’y oppose pour ce qu’est, en tant que tel, un gouvernement par la peur ; je m’y oppose aussi parce que, dans les faits, la mise en œuvre de ce mode de gouvernement entraîne une surenchère réglementaire faites de décrets, ordonnances et circulaires « en pagaille ». Et voici que nos parlementaires sont en train de passer des heures à s’empoigner au Sénat et à l’Assemblée sur un nouveau projet de loi plutôt que de se consacrer pleinement aux questions sanitaires, économiques et sociales posées par le Covid-19, plutôt que d’organiser la sortie du confinement, plutôt que de préparer le fameux « monde d’après ».

Le prolongement d’état d’urgence sanitaire entraîne, qui plus est, le gouvernement dans une contradiction. Quelle est-elle ? D’un côté, le gouvernement justifie l’état d’urgence prolongé par l’exposé des motifs suivants : « le niveau de circulation du virus reste élevé et les risques de reprise épidémique sont avérés en cas d’interruption soudaine des mesures en cours. Une levée de l’état d’urgence le 23 mai serait donc prématurée. » Et de l’autre côté, il dit aux Françaises et Français : retournez au travail et remettez vos enfants en crèche ou à l’école.

De deux choses l’une : soit les risques de reprise épidémique sont avérés et il ne faut pas, par exemple, rouvrir les écoles ; soit les risques ne sont pas tels qu’on ne puisse pas rouvrir les écoles mais, dès lors, l’état d’urgence sanitaire n’a plus lieu d’être et la vie démocratique doit reprendre son cours. Et le projet de délibération que vous nous soumettez aujourd’hui n’a plus de raison d’être à compter du 24 mai.

Je vous remercie de votre attention

Nathalie Perrin-Gilbert.