Et si c'était elle ?
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En 2020, nous ferons de l’Indice du Bien-être Humain le critère d’évaluation de nos politiques publiques municipales.

 

Intervention de Nathalie PERRIN-GILBERT lors du Conseil de la Métropole

 

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élu.e.s,

Je voterai contre le budget primitif que vous nous proposez pour 2019, et je le regrette.

Je le regrette car si j’avais la conviction que ce budget allait dans le sens de l’intérêt général, dans le sens du bien vivre de l’ensemble des Lyonnaises et des Lyonnais, je le voterais au-delà de nos différences politiques. Mais je ne voterai pas ce budget car j’ai hélas la conviction inverse : celle que le bien vivre à Lyon recule, que l’on vit moins bien dans notre ville qu’il y a dix ans.

Et, au regard des orientations qui nous sont annoncées par M. Brumm, j’ai la conviction que le budget 2019 est dans le prolongement de cette tendance, révélant ainsi l’écart -pour ne pas dire la coupure- qui s’est installée Monsieur le Maire, entre votre perception de la ville et l’expérience qu’en font les Lyonnais et les Lyonnaises au quotidien. Pourquoi cet écart ?

D’abord parce que votre Adjoint aux Finances et vous-même, construisez un budget les yeux rivés sur les notations émises par Standard and Poor’s, comme si emporter une bonne note de la part de cet organisme financier était le signe absolu de la bonne administration de notre commune.

Ensuite parce que depuis des années, vous faites peser les efforts sur les mêmes catégories d’habitants : les ménages et familles dont les revenus sont modestes ou moyens et qui croulent sous le prix des loyers et des charges, des transports en commun mais aussi du stationnement, des cantines et du temps périscolaire, des loisirs pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, etc, etc.

Enfin, parce que parallèlement à ce renchérissement généralisé de la vie dans notre ville, l’offre de service public en proximité est en recul. Partout des bureaux ferment et en premier lieu ceux du CCAS et des ex-maisons du Rhône qui, sous couvert de fusion, s’éloignent des habitants. Là où il y avait deux, trois, voire quatre points d’accueil, il n’y en a plus qu’un, et tant pis si les femmes enceintes ou avec de jeunes enfants, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les publics précaires, doivent désormais traverser un ou deux arrondissements pour se rendre à leur rendez-vous.

Partout, des guichets, des bureaux, de la Poste, des TCL, de la Sécurité Sociale, de Pôle Emploi, de la SNCF -et j’en passe- ferment. Et les Lyonnais et les Lyonnaises doivent se débrouiller avec des interfaces numériques qu’ils maîtrisent plus ou moins bien. Et ne dites pas que vous n’y pouvez rien.

Le maire de Lyon est plus que personne en mesure de négocier avec les administrations publiques le taux d’équipement de sa ville. Simplement votre majorité municipale et vous-même partagez cette idéologie selon laquelle il faut économiser, économiser, économiser sur le dos du service public. De même, vous considérez les mairies d’arrondissement comme de simples guichets déshumanisés et dépolitisés et faites pression pour que nous acceptions de ne plus avoir d’accueil téléphonique en mairie d’arrondissement cherchant à renvoyer tous les appels à un standard commun à la ville, loin de la connaissance du terrain et des habitants, et avec des conditions de travail en open-space bien dégradées pour vos agents municipaux.

Vous avez demandé aussi aux mairies d’arrondissement de ne plus avoir de service comptabilité, voulant re-centraliser cette fonction au mépris même de la loi PML, une loi que vous ne respectez d’ailleurs toujours pas, comme nous sommes plusieurs maires à vous le rappeler. Les mairies d’arrondissement sont également bien mal loties dans leurs budgets, qui ne prennent pas en compte la totalité des équipements de proximité que nous devrions gérer, et dont les crédits d’investissement annuels sont toujours calculés sur la base ridicule de “2 euros par habitant”.

Quand je pose la question “depuis quand les budgets d’investissement des mairies d’arrondissement sont calculés sur cette base-là ?”, personne dans cette mairie ne peut me le dire.

Bref, de même que le pouvoir d’achat des ménages recule face à l’inflation quand leurs revenus n’augmentent pas, le pouvoir d’agir des mairies d’arrondissement recule également avec des crédits d’investissement bloqués au même niveau depuis au moins trente ans. Mais le sujet n’est pas tant les mairies d’arrondissement que les Lyonnaises et les Lyonnais, quel que soit leur âge, leur profession, leur quartier. La vie est devenue non seulement de plus en plus chère mais aussi de plus en plus compliquée à Lyon. Comment se féliciter, comme vous le faites Monsieur le Maire et Monsieur l’Adjoint, d’avoir une note AA accordée par l’organisme financier Standard and Poor’s quand il faut attendre en moyenne 3 ans pour avoir une première proposition de logement social, je préfère dire de logement à loyer abordable. Comment se féliciter d’avoir une note AA, quand à peine 40 % des aliments servis dans nos cantines sont issus de l’agriculture bio ou locale ?

Comment se féliciter d’avoir une note AA, quand sur 10 familles lyonnaises qui demandent une place en crèche (municipale ou associative), seulement 4 obtiennent cette place, et 6 devront chercher une autre solution, souvent en catastrophe ? Comment se féliciter d’avoir une note AA quand nos transports en commun sont parmi les plus chers de France, et dont les tarifs continueront d’augmenter puisque vous l’avez voté ainsi pour 2019 et 2020 au Sytral.

Comment se féliciter, enfin et pour ne pas multiplier les exemples, quand l’espérance de vie sans incapacité (autrement dit l’espérance de vie en bonne santé) diminue sous les facteurs conjugués de la précarité économique et de l’exposition à une pollution environnementale multiforme… Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élu.e.s, nous n’avons pas été élu.e.s par Standard and Poor’s !

C’est aux Lyonnais et Lyonnaises que nous devons rendre compte et je ne pense pas qu’ils nous aient donné mandat de dégrader leurs conditions de vie ! Dans le cadre de la proposition politique que nous ferons aux Lyonnaises et Lyonnais en temps voulu, il y aura celle de ne plus évaluer nos politiques publiques municipales en nous appuyant sur des seuls critères financiers. Nous retiendrons d’autres critères et substituerons au double ou triple A financier, une note qui sera celle de l’Indice du Bien-Etre Humain en ville.

Nous calculerons cet indice sur la base d’indicateurs objectivés, comme le taux de produits biologiques et locaux servis en restauration collective, le taux d’enfants acceptés en crèche, le délai d’attente moyen pour obtenir un logement social, le ratio entre mètres carrés bâtis et mètres carrés d’espaces verts, … , et je m’arrête là car l’idée est de bâtir cette grille d’évaluation de notre politique publique municipale avec les Lyonnaises et les Lyonnais eux-mêmes, car c’est eux qui connaissent le mieux ce dont ils ont besoin pour bien vivre à Lyon.

 

Nathalie PERRIN-GILBERT