Conseil Municipal de Lyon – Séance publique du 7 mai 2020

Projet de délibération 2020/5496 – Modification du tableau des effectifs

 

Monsieur le Maire, mes cher.es collègues,

En début et tout au long de ce conseil, plusieurs d’entre nous ont tenu, à raison, à remercier les services et agents municipaux pour leur engagement qui a permis à notre ville de continuer à fonctionner, tant bien que mal. Ils l’ont fait avec leurs mots et c’est cela qui est intéressant, tant le langage est révélateur de notre mode de voir et penser le monde.

Ainsi, notre personnel a-t-il été remercié, je cite : « du haut au bas de l’échelle », « de la Direction générale des services aux ATSEM ». M. Guilland, président du groupe Les Républicains, a pour sa part salué « toutes ces petites mains » qui se sont rendues utiles. C’est dire si nos représentations verticales, et souvent genrées, sont tenaces

Le langage comme symptôme est le sous-titre d’un court mais brillant essai, intitulé l’Hôpital, une nouvelle industrie, écrit par le neurochirurgien Stéphane Velut et publié chez Gallimard en janvier 2020.

Dans cet essai, Stéphane Velut écrit ceci : « J’exerce la médecine ; plus exactement, j’exerce l’une de ces spécialités se rapprochant le plus de l’artisanat ou de ce que l’on nommait jadis un travail manuel. En un mot, je travaille de mes mains depuis trente-huit ans au sein d’un CHU. Oui, manuel : locution de nos jours frappée d’insignifiance. Cela ne fait aucun doute, cet outil qu’est la main a perdu de sa noblesse, a perdu son image d’étonnant prolongement du cerveau dont elle est pourtant un langage. »

Mes chers collègues, je retiens particulièrement cette phrase : « cet outil qu’est la main a perdu de sa noblesse ». Je pense que nous devons restaurer cette noblesse. Cela passe par l’expression de notre reconnaissance verbale bien sûr, mais aussi par nos actes.

A ce titre, je regrette que notre municipalité ait contraint l’ensemble de ses agents, y compris celles et ceux qui étaient « en première ligne » à poser cinq jours de congés payés avant le 10 mai. Ces jours auraient pu être posés plus tard pour celles et ceux qui le désiraient, hors temps de confinement par exemple, ou bien déposés sur un compte épargne-temps.

En revanche, Monsieur le Maire, la confirmation, que vous venez de faire, de l’octroi d’une prime de 1.000 euros accordée à ces mêmes agents, est une très bonne et juste nouvelle, dont nous vous remercions. Et j’espère que, pour une fois, le groupe Les Républicains ne viendra pas vous tacler sur le poids de la masse salariale au sein de notre budget municipal.

Pour conclure, nous entendons tous que la colère gronde parmi nos agents. Certains parlent même d’un « monologue social » qui aurait remplacé le dialogue social au sein de notre collectivité. Aussi, je vous demande de rouvrir ce dialogue dans les meilleures conditions. Nous avons besoin les uns des autres et devons être solidaires, élus et personnels.

Je vous remercie de votre attention.

Nathalie Perrin-Gilbert